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Mon ami Pierre

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Depuis longtemps j’ai cette peinture de Pierre. C’est pour moi la plus forte, la plus intense, la plus dramatique…Combien de fois nous avons divagué, déambulé sur ce paysage en ruine. Parfois seul, le plus souvent à plusieurs et encore plus souvent dans un état facilitant ce voyage.

Un tronc d’arbre, au premier plan, à gauche, nous impose sa texture effroyable de cendres et de brulure. Un bloc de roche ou de lave refroidi, derrière le 1°plan du tronc noir, semble flotter sur une nappe de lave d’un noir intense. Sur ce bloc, une forme, comme adossée contre un rocher flou, contemple le paysage en ruine. Un chemin, bordé d’arbres calcinés, traverse le paysage de droite à gauche et disparait hors du cadre, glissant derrière le rocher. Une nappe de lave interdit tout accès à la seule fuite possible... le chemin. Au loin, des collines crachent des fumerolles, des postillons noirs qui s’évaporent dans un ciel qui voudrait être lumineux. Cette aurore ou ce crépuscule résiste à des strates vaporeuses et sombres qui s’enfoncent dans le paysage et projettent d’envahir la toile.

On ne perçoit jamais le sommet des arbres, comme s’ils tentaient de continuer leurs vies ailleurs, malgré tout ! Ce sont les derniers résistants d’un monde qui s’effondre et, inéluctablement, ils disparaitront avec lui. Les textures des arbres, gravats, goudron, squelettes noyés dans l’asphalte, rappellent une urbanité qui n’a pu être maitrisée. Elles sont le souvenir des mondes anciens, ou de ce qu’ils auraient pu être.

Malgré toute cette dramaturgie, le paysage parait flotter. Les masses rocheuses dérivent  sur une eau noire, les arbres ne sont pas ancrés dans le sol et semblent suspendus, la masse confuse au 3°plan  donne l’impression d’un rescapé ou naufragé qui s’abandonne au désastre ambiant.

Cette forme claire, mystérieuse, à eu de nombreuses interprétations. Certains y ont vus un personnage, parfois un géant, adossé contre une souche, d’autres y voient une créature éperdue, assoiffée et agonisante et pour d’autres encore un rocher fissuré teinté d’un quartz qui scintille faiblement.

Il m’est inutile d’en dire plus, tous ceux qui ont connu Pierre le retrouveront dans cette peinture.

Jean